Dépendre de nous-mêmes

Robert Pichette (Collaboration spéciale) - 19 août 2002

Robert Pichette Collaboration spéciale

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Ce qu'elles chantent de belle humeur, les cigales, cet été, tandis que les fourmis s'activent en Acadie avec une louable fébrilité. Même les réverbérations du bruit des casseroles tintamaresques n'arrivent pas à couvrir le long chant d'euphorie qui ponctuent la moiteur d'août. C'est que nos fourmis politiciennes s'ingénient à nous plaire. Été faste que celui-ci! Qui s'en plaindrait? Récapitulons: C'est la «Promenade des Acadiens», avec son phare emblématique de l'Acadie, à Québec. Nous avons donc pignon sur rue dans la Vieille Capitale, perle du patrimoine mondial, et phare de la francophonie en Amérique du Nord. C'est normal, même si Québec est quelque peu en retard, puisque l'Acadie a déjà sa place à Paris, inaugurée il y a plus de 20 ans par Jacques Chirac, alors maire de Paris. Fredericton, capitale provinciale, n'est pas en reste puisqu'elle vient de se doter du splendide boulevard riverain de la «Pointe Sainte-Anne», où habitaient naguère les Bergeron dit d'Amboise, les mêmes dont se réclame le député bloquiste Stéphane Bergeron, coqueluche de nos ultra-nationalistes, nostalgiques du Parti acadien. C'est aussi l'entrée en vigueur, le 5 août, journée de la fête du Nouveau-Brunswick, de la nouvelle Loi sur les langues officielles, parrainée avec succès par le premier ministre Lord, et adoptée à l'unanimité par l'Assemblée législative. Passons vite l'éponge sur la bavure initiale du premier ministre pour qui, il y a un an, la révision en profondeur de la loi de 1969 ne constituait pas une priorité de son gouvernement. La gaffe initiale est splendidement réparée. Puis il y eut la divine surprise de la Ville de Moncton, unique objet de tous les ressentiments et de toutes les jalousies de la francophonie du Nouveau-Brunswick, qui se déclare officiellement bilingue. Depuis, on entend, à la brunante, porté par le mascaret, le bruit des ossements du maire Jones et du général Monckton faire un bruit d'enfer. Parions qu'on pourrait en faire un attrait touristique autrement plus accrocheur que les centres d'appels. Puis vint l'apothéose de Caraquet, le 15 août, quand Madame Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien, apporta enfin la manne réclamée à cor et à cris en vue des manifestations de 2004. Mme Copps, qui fait gloire de ses origines acadiennes authentiques, en public et en privé, depuis bien avant que M. Bergeron ne découvre ses lointaines attaches avec l'Acadie, n'a pas bonne presse dans certains de nos milieux militants. Ceux-ci en viennent à préférer à la petite-fille d'un Gautreau un député bloquiste dont la présence au parlement national sera redondante jusqu'à la retraite... fédérale. Allez donc comprendre! Et c'est en compagnie de ce nouveau sauveur de l'Acadie que M. Euclide Chiasson, président de la SNA et ancien président du Parti acadien, s'est envolé pour Québec, le 15 août. Après être monté à bord d'un train déjà en marche, le président de la SNA ne craint pas de monter vers les cimes en compagnie d'une bonne âme qui ne nous veut que du bien. Mme Copps, en annonçant l'octroi de 10 millions $ - «un peu d'argent pour démarrer l'organisation des fêtes», excusez du peu, selon Jean-Guy Rioux, président de la SAANB et substitut, ce jour-là, de M. Chiasson - a eu ces paroles que nous devrions méditer et non condamner: «Ce n'est pas l'argent qui crée le sentiment d'appartenance. C'est ce qui vient du cœur. Ce n'est pas le gouvernement, ce n'est pas une excuse, ce n'est pas de l'argent qui vont faire la foi et la survie de l'Acadie.» La ministre a entièrement raison. Mais pour les éternels assistés que sont la SNA et la SAANB, 10 millions $ ne sont qu'une goutte d'eau dans le tonneau des Danaïdes. Or, après avoir mordu la main qui les nourrit, tout en remerciant mollement, on en redemande et ce ne sera jamais assez. Il faudra bien, un jour, dépendre de nous-mêmes au lieu de poursuivre ces quêtes incessantes auprès des trésors publics. Contrairement à ce que certains affirment, ce n'est pas exactement notre dû et il se trouvera quelqu'un, quelque part, un jour, pour dresser une étonnante addition. Même si nos causes sont toujours nobles et justifiées, c'est du moins ce que l'on affirme, ne peut-on pas espérer voir, enfin, une Acadie moins quêteuse et moins quétaine?

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