Éditorial: L'étape à franchir

Michel Doucet - 13 juin 2002

Michel Doucet micheld@acadienouvelle.com

Depuis près de 250 ans, le peuple acadien a persévéré dans ses efforts pour surmonter pacifiquement la perte soudaine de ses terres, la destruction de ses communautés, l'éclatement de ses familles et les tentatives avouées et répétées d'assimilation à la langue et à la culture anglaises. Cet extrait est tiré de la lettre que fera parvenir la Société nationale de l'Acadie à la reine Elizabeth II, au nom de la communauté acadienne de la diaspora, dans le dossier que vous savez. Si l'on ne parle plus d'excuses en bonne et due forme de la Couronne britannique pour la Déportation de 1755-1763, on souhaite néanmoins une reconnaissance officielle des torts passés et actuels de cet ignoble épisode de l'histoire des Anglais. Et de celle d'un petit peuple industrieux et fier qui dérangeait tant. Forte de l'appui unanime de ses membres des provinces de l'Atlantique et de ses associés au Québec, en Louisiane et en France, la SNA compte sur la gouverneure générale du Canada pour «transmettre la missive» à Sa Majesté. C'est le Parlement canadien qui va être content. Et c'est sans compter les libéraux, fidèles de Jean Chrétien, qui ont offert une lamentable performance dont on se souviendra longtemps dans ce dossier, l'année dernière. Excuses ou reconnaissance, il ne faudrait pas se perdre dans les méandres de la sémantique. De même, il serait malheureux de noyer la démarche dans la «procédurite» qu'avait déclenché la présentation de la motion M-241, l'année dernière, par le député de Verchères-Les-Patriotes, Stéphane Bergeron, du Bloc québécois. Les Dominic LeBlanc, Claudette Bradshaw et autres inconditionnels de M. Chrétien devront en prendre acte. La SNA a fait son travail depuis les événements de l'année dernière. Sa présentation est étoffée, ses recherches sont endossées par de nombreux historiens, ses efforts ont le soutien de milliers d'Acadiens. Certains trouveront encore très certainement à redire de l'essence même de la démarche, ce qui ne doit pas entraver des efforts que d'autres prennent avec raison au sérieux. «Pour enfin tourner la page de façon définitive», dira-t-on à la reine d'Angleterre, il est grand temps de «reconnaître officiellement les torts historiques infligés inutilement (au nom de la Couronne d'Angleterre) au peuple acadien au moment du Grand Dérangement». Comme les libéraux fédéraux n'en dormaient plus les nuits de voir un «intrus» du Bloc québécois (faut-il rappeler que Stéphane Bergeron est de descendance acadienne) s'intéresser à ce dossier, on se demande bien ce qu'ils trouveront cette fois-ci. La probité de Me Warren Perrin, peut-être? Mais, c'est vrai, les choses vont tellement mal au parti de Laurier, que chaque petit soldat a sans doute autre chose à faire... Les nouveaux efforts de la SNA ne changeront peut-être pas la vie de tous les jours pour beaucoup de gens, mais ils méritent toute l'admiration que les premières tentatives auraient dû recevoir. Avec ou sans le soutien de ceux et celles qui n'y comprennent rien.

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